Embauchez donc un général !

16 mars 2025

Pour réussir dans le monde selon Trump, les entreprises devront se doter de compétences plus fréquentes chez les militaires que chez les dirigeants classiques d’entreprise.

Nous ne sommes pas en guerre. Mais Donald Trump a déclaré une guerre commerciale , sans précédent depuis près d’un siècle. Une guerre où tous les tarifs sont permis, à rebours du système mis en place depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale qui avait engendré un essor fantastique des échanges internationaux.

Pour les dizaines de milliers d’entreprises françaises qui exportent, c’est un défi redoutable. Si elles veulent réussir dans ce monde inconnu, elles vont devoir aller chercher des compétences qu’elles n’ont pas – et que les militaires ont. Embauchez donc un général !

Cellule d’outplacement

Depuis longtemps, les entreprises recrutent des militaires. Chaque année, plus de 100 généraux passent en « deuxième section » (à la retraite en restant mobilisables) et beaucoup d’entre eux ont encore des fourmis dans les jambes.

Plus besoin d’aller « au marché dans le chef-lieu du comté, paraît qu’y avait des généraux à vendre », comme le chantaient Les Frères Jacques dans un texte de Francis Blanche des années 1950 délicieusement désuet.

Nombre de grandes entreprises ont un haut gradé qui sert de conseiller défense au PDG. Ces dernières années, plusieurs généraux sont devenus dirigeants d’entreprises de sécurité. Mais dans le nouveau monde où nous entrons, les anciens militaires de haut rang pourront apporter leurs talents dans un registre beaucoup plus large, dans la stratégie et l’organisation de l’entreprise.

« Dans le monde trumpien où les frontières risquent de s’ouvrir et de se fermer de manière erratique, les entreprises ont beaucoup à apprendre de la réactivité des militaires. »

Les généraux qui partent aujourd’hui à la retraite ont été biberonnés aux principes d’un monde « VUCA », un acronyme introduit dans les écoles militaires américaines il y a près de quarante ans. Un monde tout à la fois volatil, incertain (« uncertain » en anglais), complexe et ambigu.

Evaluer la souveraineté

Le terme s’était largement diffusé dans les années 2000, après les attentats du World Trade Center à New York. A l’époque, c’était le terrorisme qui engendrait cette imprévisibilité majeure et cette difficulté à agir. La menace était surtout géopolitique.Aujourd’hui, c’est le président de la première puissance mondiale qui est à la manoeuvre. Et il a choisi le terrain économique. Les entreprises n’ont d’autre choix que de s’y adapter.

Ce n’est pas la seule raison d’écouter davantage les militaires en entreprise. Ils sont aussi des experts en logistique. Quand un bataillon part au combat, il doit avoir sous la main toutes les armes, les munitions, les protections nécessaires. Dès qu’une pièce manque, le risque de défaite grandit.

Avec des styles très différents, Napoléon comme De Gaulle étaient des maniaques de la logistique. Dans le monde trumpien où les frontières risquent de s’ouvrir et de se fermer de manière erratique, les entreprises ont beaucoup à apprendre de la réactivité des militaires. Internet avait été créé au départ à la demande de l’armée américaine pour faire circuler l’information même quand un relais ou plusieurs relais sont défaillants…

Les militaires ont aussi un vrai savoir-faire dans deux autres domaines qui vont devenir critiques. Le premier est l’évaluation de la souveraineté, non seulement politique mais aussi industrielle. Dans un missile, il y a des centaines de composants dont beaucoup sont importés. Comment rester souverain dans leur fabrication ? Les hauts gradés se posent cette question depuis longtemps. Ils peuvent donc aider les industriels à y réfléchir, ce qui va devenir de plus en plus crucial.

L’art de la négociation

Le second domaine est l’art de la négociation. Dans tous les grands contrats de ventes d’armement, des militaires participent à des tractations mêlant étroitement préoccupations d’indépendance nationale et intérêts privés d’industriels, où les entreprises avancent main dans la main avec l’Etat. C’est typiquement le genre de travail qu’il va falloir mener de plus en plus souvent, avec l’administration Trump comme avec les autorités chinoises.

Hélas, toutes les entreprises n’ont pas les moyens de se payer un officier. Depuis que Les Frères Jacques se targuaient d’avoir acquis un général moyennant « un cageot de pommes pas mûres, quatre choux-fleurs et une tartine de confiture » , les prix ont beaucoup monté. C’est au fond assez normal, car l’expertise des militaires sera l’une des clés de la réussite des affaires dans le monde selon Trump.

Les Échos – Publié le 25 févr. 2025 – Par Jean-Marc Vittori

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