Former nos ingénieurs aux humanités.

7 novembre 2024

Plutôt que de former des esprits formatés pour concurrencer l’IA, nous devons cultiver la richesse de la pensée humaine. La culture générale est primordiale pour bien penser et bien agir, écrivent Ibrahima Fall et Anne-Laure Boncori, de l’Institut du travail réel. (Les Échos – Ibrahima Fall et Anne-Laure Boncori).

À l’heure de l’IA, la présidente du concours des écoles d’ingénieurs postbac Puissance Alpha vient d’annoncer la suppression en 2025 de l’épreuve écrite de français jugée « trop anxiogène », négligée par les candidats ou « socialement discriminante ». Voilà une décision doublement anachronique et paradoxale !

Parler, c’est penser ! Accroitre son vocabulaire, c’est étendre le domaine de la pensée. S’exprimer avec les justes mots, c’est savoir nuancer, savoir, comme disait Jacques Bouveresse, voir des abîmes là où sont les lieux communs.

Cette propension à vouloir partout éliminer tout ce qui peut paraître « théorique » de notre existence est une vue de l’esprit, car ce n’est que faire tabula rasa pour mieux laisser place au culte des apparences, de la fausseté, et des mauvaises théories.

La théorie complète la pratique

La campagne de dénigrement contre les humanités et « la théorie » commence à porter l’estocade et à obtenir des victoires réelles et symboliques grâce à une méconnaissance profonde des mécanismes de la pensée. On ne pense pas avec des cailloux, mais avec des concepts et des notions. La théorie ne s’oppose pas à la pratique, mais elle la suppose. 

Cette maladie française consistant, pour être dans le vent (c’est-à-dire pour être estampillé « pragmatique ») à partout traquer la théorie n’est que, dans le meilleur des cas, l’expression d’une confusion morbifique entre le théorique et le platonique. Le théorique n’est pas platonique. Tant s’en faut. La théorie permet de lever le voile des apparences et de ne pas tarir les sources de la vie partout où sont les mécanismes, les techniques, les outils… Impossible de penser la vie sans prendre en compte sa complexité, et ce, à travers les mots.

L’aptitude à faire des jugements corrects

Au moment où l’IA monte en puissance, vouloir la concurrencer en formant des esprits serviles, dopés au réalisme le plus grégaire, c’est investir dans la déception, car le réaliste de talent, disait Maupassant, n’est qu’un illusionniste ! Nous travaillons donc assidûment à notre malheur.

Construire grâce aux humanités, à la culture générale, la capacité à s’orienter dans la pensée et dans l’action , c’est-à-dire l’aptitude à faire des jugements corrects, est le premier défi de l’éducation de l’Homme : citoyen, ingénieur, manager, peintre, poète… Ce fut le cas dans le passé, cela le sera encore demain.

Si l’éducation scientifique doit être le fond de la formation de l’ingénieur, elle a besoin d’un principe équilibrant, que seules peuvent lui offrir les humanités et l’articulation d’une pensée en mots.

Auguste Detoeuf, polytechnicien et fondateur l’Alstom doit à cet égard se retourner dans sa tombe. Déjà en 1956 dans Pages retrouvées, cet entrepreneur français reconnu pour ses idées avant-gardistes, regrettait d’être le témoin d’une crise du français qui sévissait « dans l’industrie, dans les correspondances malhabiles, les rapports écrits parfois incompréhensibles ».

Pourquoi ce constat était alors si important et pourquoi l’est-il toujours ? C’est parce que la femme ou l’homme d’action, doit être « un adapté de tous les instants aux conditions ambiantes, économiques et sociales », et doit savoir résoudre des problèmes complexes et multiformes. Raison pour laquelle Detoeuf insiste : si l’éducation scientifique doit être le fond de la formation de l’ingénieur, elle a besoin d’un principe équilibrant, que seules peuvent lui offrir les humanités et l’articulation d’une pensée en mots.

La culture générale comme outil essentiel

Face aux défis d’aujourd’hui et de demain, il est impératif de bien penser notre approche éducative. Plutôt que de former des esprits formatés pour concurrencer l’IA, nous devons cultiver la richesse de la pensée humaine, des mots et concepts qui la composent. Les humanités et la culture générale ne sont pas des vestiges du passé, mais des outils essentiels pour forger des esprits critiques, créatifs et adaptables. C’est en embrassant cette vision que nous préparerons au mieux les générations futures à naviguer dans un monde en constante évolution.

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